Les reposoirs

Le 15 août, la fête de l’Assomption de Marie est une des plus anciennes et des plus solennelles du cycle marial. Elle est particulièrement fêtée à Cancale, pays de traditions maritimes, liées à la Grande Pêche.

Ce jour-là,  les femmes cancalaises partaient en pèlerinage à la Chapelle Notre-Dame du Verger, le matin, où une messe était célébrée. Le soir, la fête prenait un tour moins solennel mais tout aussi émouvant. Au port de La Houle, quartier des marins avec son lacis de petites rues, de nombreux reposoirs ornaient les nombreuses statues de la Vierge. Un reposoir est un autel décoré de fleurs, bougies, sable, goémons, maquettes de bateaux ou de barques… Les groupes de femmes se baladaient alors de reposoirs en reposoirs, célébrant la Vierge Marie par des cantiques, la priant pour les marins, en pêche de l’autre côté de l’océan atlantique, à Terre-Neuve.

De leur côté, les hommes, terre-neuvas, se réunissaient, à bord de leur grand voilier, autour d’une manne emplie de sel. Chacun y plantait sa bougie que le capitaine allumait et l’on chantait les mêmes cantiques à la Vierge que les épouses, fiancées, mères ou sœurs chantaient à Cancale.

Une véritable communion d’esprit s’établissait ainsi de part et d’autre de l’océan, et chacun priait pour le salut de l’autre, l’une restée à terre, l’autre parti en mer.

Aujourd’hui encore, les rues de derrière, au Port de la Houle,  s'ornent de multiples et émouvants reposoirs décorés pour la circonstance : de la même façon qu’autrefois, une mise en scène est réalisée avec du sable et des bougies, des roses et autres fleurs… réalisée par les habitants durant la journée. Expression intime des croyances des marins, leur dévotion à Notre-Dame n'est ni vraiment chrétienne, ni tout à fait profane, mais spécifiquement cancalaise, aucun autre port breton, en effet, ne semble avoir vécu ou conservé une telle tradition.

Les reposoirs sont placés de la façon suivante : au Vau Baudet, à la Tour à Feu, Place de la Chapelle, Place du Calvaire, l’Epi, la Place de la Liberté et à la Ville es Gidoux.

Véritable témoignage de la vie passée, à Cancale, ces quelques lignes extraites de « la Caravane de Pâques » de Roger Vercel illustrent bien cette tradition du 15 août :

« Les reposoirs s’allumaient. On les avait dressés au fond de toutes les ruelles. Il y en avait encore un sur la place, qui figurait une grotte de Lourdes. Au pied du rocher, des bisquines en miniature et des doris gisaient au sec sur une grève de sable et de galets. Un buisson de cierge flambait au bord du reposoir. »