Le port à travers les siècles

Jusqu’au XVIIIème siècle, la vie sur le port de La Houle est précaire et soumise aux évènements naturels : tempêtes, grandes marées… il n’est pas rare de voir la mer pénétrer à l’intérieur des maisons. De plus l’absence de digues et de voie d’accès aménagées ne facilitent pas le développement de ce quartier.

 

En 1769, les Etats décident d’exécuter des travaux dans le port, à savoir une digue destinée à protéger les maisons de l’envahissement de la mer. Le projet n’aboutit pas par manque de moyens. Entre 1830 et 1838, une véritable digue est enfin construite permettant une extension considérable du port. Peu à peu, le quartier se déploie : des maisons se construisent et les chantiers navals se développent, créant une véritable économie sur le port avec l’ouverture de nombreuses autres industries liées à la pêche : fabrique de voile, de cirés, de filets, de calfats… En 1837, on étend un peu plus la digue vers l’Ouest ce qui augmente le nombre d’habitants et un an plus tard, on construit la cale de l’Epi aujourd’hui classé Monument Historique. Cet édifice est unique en France par son architecture en arches. Peu pratique, elle sera rallongée en 1886. Entre-temps, en 1869-1870 l’administration maritime fit construire, à la jetée de la fenêtre, un quai et une cale plongeante qui s’avéra vite insuffisante. La cale est détruite et en 1897, on inaugure le nouveau môle de la fenêtre. En 1935, les derniers travaux d’agrandissement sont terminés : le feu d’origine de la Fenêtre est remplacé par le feu du port, situé tout au bout du môle.

Avec le développement de ce quartier, une ligne de tramway venant de Saint-Malo dessert la Houle permettant à une autre clientèle de fréquenter les hôtels restaurants, mais aussi aux cancalaises d’aller vendre leur poisson à Saint-Malo. Une nouvelle porte est ouverte à l’économie locale : le tourisme. Avec l’ostréiculture, cette nouvelle manne permettra à Cancale de se tourner sans trop de dommages vers l’avenir, après la grande grève de 1911, qui voit s’affronter pauvres Terre-Neuvas et puissants armateurs. Le fleuron de cette époque, l’hôtel Duguesclin situé Rue des Parcs attirera une clientèle aisée. Ses 45 chambres, son restaurant gastronomique et ses salons accueillent ainsi réceptions, bals, beaux messieurs et belles dames, avant que l’armée Allemande ne le détruisent en 1944, ainsi que toutes les constructions situées Quai Thomas.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

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En 1898,  la construction d’une halle aux poissons, modernise la pratique de vente du poisson. Auparavant, la vente de poisson se tenait sur la grève au pied de l’épi. Malgré la colère des Cancalais, obligés de céder une part des ventes à l’adjudicateur, le progrès est en marche. La halle sera reconstruite deux fois. Le bâtiment actuel ne sert plus de criée, mais à entreposer le produit de la pêche. L’étage accueille une très belle salle qui propose des expositions de peintures, sculptures, photographies durant la saison estivale.

Juste à coté de la halle, à proximité du parking, se tient un élément de patrimoine très important pour la communauté de pêcheurs qui vivait là : la cloche des marins. Celle-ci rythmait la vie sur le port de la Houle en annonçant les mariages et les deuils, les naufrages et tous les évènements importants de la vie courante.

Avec ces nouveautés, la croissance démographique dessine un nouveau visage à la Houle. Ainsi trois fronts de mer successifs agrandissent ce quartier vers la grève au sud, puis vers l’ouest.

De nos jours, les plus anciennes maisons de La Houle datent principalement du 18ème siècle et présentent toutes, à quelques rares exceptions, une architecture verticale étroite, mais profonde. Ceci était dû au manque de place pour la construction par rapport au nombre de famille à loger. Ainsi plusieurs foyers pouvaient être réunis sous un même toit, de sorte que l’on peut trouver plusieurs portes d’entrées en façade. Les crochets des lucarnes permettaient de monter à l’étage, outre le matériel de pêche, les meubles qui ne pouvaient pas passer par l’escalier.

Une autre des caractéristiques de ces maisons est la présence de nombreuses petites niches à Vierge. Elles sont apparues, pour la plupart, après la terrible épidémie de choléra de 1849, les habitants ayant voulu marquer leur dévotion particulière à Marie.

Au début du 20ème siècle, les maisons en front de mer vont bénéficier de la mode des bains de mer : ravalement de façades et mises au goût du jour dans un style balnéaire typique de la Côte d’Emeraude. Seul le Quai Thomas bénéficiera d’un style régionaliste préconisé par les architectes dans les années 1950.